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Rencontre avec Darktek, le pilier de la Hardtek française

A l’occasion des Reperkusound 2017 nous avons rencontré le porte-drapeau de la Hardtek. Quelques minutes avant un set endiablé qui a fait frémir le public Lyonnais, Darktek a pris le temps de répondre à nos quelques questions.

 

Tout le monde connaît le personnage Darktek à travers des productions joyeuses et très second degré, quelle personne es-tu dans la vraie vie ?

Dans la vraie vie je reflète pas mal ce que je fais en musique je suis vraiment un gros déconneur à raconter tout le temps des conneries à essayer de donner du smile aux gens que ce soit avec la musique ou sans la musique. Voilà j’essaye de toujours donner le sourire et à côté de ça je suis pas quelqu’un dans la vie de tous les jours très causant, si j’ai rien n’a dire je parle pas quoi. Et pareil sur mes sentiments et mes états d’âme je sais pas vraiment m’exprimer du coup je vais l’exprimer plutôt dans la musique. Au final ce que les gens peuvent ressentir avec ma musique c’est exactement comme je suis.


Comment as-tu découvert la hardtek et choisi d’en faire ton métier ?

J’ai découvert la hardtek avec une compilation Thunder Dome quand j’avais 7 ans. J’avais pas l’idée d’en faire mon métier à la base, c’est de fil en aiguilles j’en suis venu à la production, je faisais des trucs dans ma chambre et un pote m’a dit « ce que tu fais ça pourrait peut-être plaire à d’autres, donc essaye de les mettre sur internet ». Sans grande conviction je les ai mises et j’ai eu quand même quelques écoutes quelques commentaires, ça m’a motivé à en faire un petit peu plus et de fil en aiguille je voyais que je faisais plaisir à des gens, qu’ils appréciaient mon travail ça m’a motivé pour continuer et voilà ça fait 10 ans et je suis là.


Tes musiques sont souvent inspirées du 7 eme art tant par les thèmes musicaux que par les samples vocaux, quels sont les films ou les séries qui inspirent tes productions ?

En fait si c’est marrant je peux le prendre, tout simplement. Si ça me fait rire c’est surtout ça, c’est même pas il y a une pensée profonde. Si vraiment je veux essayer de ressortir une vraie émotion, il n’y aura pas de sample dedans. Comme un morceau que j’ai sorti il n’y a pas si longtemps qui s’appelle Amy partie 1 où au final je voulais juste procurer une émotion et pas forcément faire rire. Mais par contre si j’utilise les samples et les voix c’est vraiment histoire de faire rire. Je vais utiliser un morceau de voix parce que ce truc m’a fait rire, pas forcément parce qu’il a fait rire des millions de personnes. Souvent on me propose des trucs qui font le buzz en mode « tiens ça tout le monde délire là-dessus tu devrais le faire » mais si moi ça me fait pas rire je vois pas l’intérêt de le prendre. Il y a eu plusieurs choses comme ça où c’est vrai que si j’avais voulu j’aurais pu le prendre faire un truc avec et ça y est c’était un nouveau carton comme les Kassos, l’Enculeur d’Arbre. Mais moi à la base ça me fait pas rire j’ai pas envie de le faire, exactement comme les collabs avec certains artistes qui pourraient me mettre en avant, si j’ai pas envie de le faire je le fais pas, tout simplement.

 

 

Tu t’es créé une entité plus orientée hardcore en duo avec Mimaniac, peux-tu nous parler de cette entité « Fake » ?

Fake c’est un duo qu’on a monté pour faire un petit retour aux sources au niveau du hardcore histoire de pouvoir se libérer vraiment et envoyer du gras sans se prendre la tête. C’est un besoin de violence qui reste. J’ai commencé dans la violence, j’ai dévié dans des trucs plus joyeux parce que j’avais un peu envie d’autre chose mais il reste ce fond violent dont j’ai besoin parce que j’ai toujours baigné aussi dans le milieu hardcore métal. Du coup ce côté violence est vraiment encré et j’ai envie d’en faire mais je peux pas vraiment le faire avec mon nom Darktek parce que du coup les followers que j’ai maintenant comprendraient pas trop, même si j’en glisse quand même. Sur mon dernier album y’a Allien et d’autres qui sont vraiment plus orientés hardcore et qui ont été plutôt bien accueillis. Mais je préfère quand même faire un truc à côté où ceux qui veulent vraiment découvrir le côté obscur de Darktek peuvent le voir à côté mais ceux qui sont habitués à entendre ce que je fais habituellement en tapant Darktek ils resteront dans ce style-là.


On sent donc que tu es ouvert à tous les styles, tu avais créé l’entité Hysterik plus electro dubstep, tu utilises beaucoup de drum&bass dans tes sons etc est ce qu’on peut s’attendre à ce que tu nous propose des productions qui s’éloignent de la hardtek ?

Sous le nom Darktek non, j’ai dans un coin de ma tête l’idée de relancer mon blaze Hysterik mais sur de la drum&bass, drum&bass neurofunk, voire même un peu d’expérimentation plus dans le délire crossbreed où je vais croiser du hardcore avec de la drum&bass, même croiser de la hardtek avec de la drum&bass parce que ça marche très bien. J’ai pas mal de trucs que j’ai commencé qui pour moi sont assez concluants donc il y a de grande chances que mon deuxième blaze Hysterik revienne en surface et que je fasse de nouveaux morceaux sous ce blaze-là.


La hardtek reste un style difficilement accessible au grand public, pourtant tu as réussi à conquérir une cible très large grâce à des sons comme l’Enculeur d’Arbre, pour toi qu’est ce qui fait que tes productions arrivent à plaire à un panel si large de personne ?

Il y a le fait que ce soit très varié, je fais beaucoup de styles différents. Quand on regarde sur un live ce qui me plait justement c’est de passer d’un morceau hardcore à un morceau hardtek, passer ensuite un truc avec des passages dubstep et revenir sur du hardcore, mélanger complètement les styles je trouve ça super cool. Et le fait que je joue sur tous ces styles là je pense que ça attire un public plus large parce que du coup il y en a un petit peu pour tous les gouts. Et moi c’est ce qui me plait aussi de pas rester coincé sur un seul style en mode  « j’ai dit que je faisais de la hardtek je reste sur de la hardtek ». Au bout d’un moment tu te fais chier, tu fais 5 morceaux hardtek au bout d’un moment t’as envie d’entendre autre chose. Les gens aussi ont envie d’entendre autre chose donc du coup je pense que le fait de pouvoir jongler sur différents styles ça permet de pas perdre ton public, ça reste varié mais ils sont pas perdus.

 

La culture Techno tend de plus en plus à se faire accepter et à entrer dans les meurs, toi qui a joué en free, comment vois-tu cette évolution du monde de la musique ?

Je trouve ça plutôt cool parce que du coup ça se démocratise pas mal, c’est un milieu qui a longtemps été diabolisé et qui au final commence à rentrer dans les mœurs doucement, ça prend pas mal de temps. Mais quand on compare un peu le rap au début ou le métal c’était vraiment vu comme des trucs extrêmes qui étaient vraiment mal vus et qui au final maintenant sont rentrés dans les mœurs. Le rap au début c’était pareil, c’était vraiment underground, vraiment un truc qui sortait de nulle part qui était pas du tout conventionnel et au final maintenant on en entend partout. Et la techno c’est un peu en train de faire la même chose. Je me fais la réflexion quand j’écoute les radios actuelles, les trucs électro qui sortent maintenant, j’ai l’impression que c’est de plus en plus agressif et qu’on arrive à des kicks bass qui sont vraiment limite hardstyle. Je vois Avicii et des mecs comme ça qui sortent des kicks bass vraiment qui tirent plus hardstyle. J’ai l’impression que la séparation entre l’électro qu’on entend à l’heure actuelle, et ce que nous on fait, est de plus en plus mince. C’est vraiment en train de se rapprocher et je serais vraiment content de voir dans le futur que ce que nous on fait ce soit vraiment reconnu comme un style à part entière et que ce soit pourquoi pas diffusé sur les ondes à la radio.


Il y a quelques jours tu as dévoilé le morceau Enjoy qui fera partie de ton troisième album, il s’agit d’un titre entrainant aux mélodies légères, est ce que ton album sera à l’image de ce titre ?

Plus ou moins, comme toujours j’aime bien mélanger les trucs joyeux et les trucs pas joyeux du tout. C’est un peu ce que j’ai fait sur mon album Bad Papa, il y a des morceaux qui sont vraiment joyeux et d’autres qui sont vraiment beaucoup plus sérieux avec une ambiance plus sombre et je pense que mon troisième album ce sera un peu ce mélange-là. Pour l’instant de ce que j’ai fait il y a pas mal de trucs joyeux mais aussi pas mal de trucs plus durs. Donc je pense que ça restera un petit peu dans la lignée de Bad Papa. Mais au final l’enjeu il est là pour un artiste c’est de vouloir toujours faire mieux. Quand j’ai fait mon album Suce Ma Beat j’étais vachement content, je me disais il est cool mon album et après quand je me suis mis à faire Bad Papa je me suis dit il faut que je fasse mieux que celui-là. Du coup j’ai bossé comme un acharné, j’étais content du résultat et je pense avoir fait mieux. C’est un album un peu plus mature, un peu plus travaillé que ce soit au niveau de mes réglages, au niveau de mes synthés, au niveau de plein de choses que vraiment j’ai travaillé, j’ai peaufiné le moindre détail. Là au final le challenge est encore plus dur parce que je veux essayer de faire encore mieux que ça et même si j’y arrive pas il faut pas que je fasse moins bien.  Dans tous les cas ça restera les compos comme moi j’ai envie de les entendre. Moi je les propose aux gens et si ça marche pas tant pis. Ça fait 10 ans que je propose ce que j’ai envie d’entendre et ce que j’ai envie de faire si à un moment donné ça marche plus tant pis, il faut être sur je vais pas me plier à faire quelque chose que les gens attendent. Soit ils continuent à kiffer dans mon univers soit ils se rabattent sur d’autres artistes. Moi je propose quelque chose et les gens en font ce qu’ils en veulent.


Ce soir tu joues sur une scène lyonnaise emblématique, entouré des meilleures artistes de leur genre, qu’est-ce que tu penses de la scène techno Lyonnaise ?

Ça me fait plaisir cette question parce que pour moi le public Lyonnais c’est un des meilleurs publics que je connais en France. A chaque fois que je viens à Lyon que ce soit une petite ou une grosse soirée, c’est toujours grosse ambiance les gens sont au taquet ils savent mettre le feu. Et on sent que c’est un public de connaisseurs qui a envie de découvrir et pour ça c’est toujours plaisant de jouer à Lyon.

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