Electric Rescue se confie sur sa vision de la scène électronique française et ses évolutions.

Activiste de la scène Techno depuis 28 ans, c’est notamment via son label Skryptöm que Electric Rescue oeuvre à promouvoir la culture électronique. De l’organisation de Rave à la créations de labels et de multiples projets musicaux, il est actif sur tous les fronts et reste aujourd’hui l’un des plus fervent défenseur de la scène musicale underground. 
C’est à l’occasion de la cinquième édition du festival Dream Nation, dont Electric Rescue a confectionné le plateau Techno, que nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur sa vision de la scène électronique depuis ses prémisses. 


En dehors de ta casquette d’artiste, tu es connu pour être activiste de la scène musicale française notamment via ton label Skryptöm qui vient de fêter ses 10 ans. Finalement est ce qu’il te tient plus à cœur de promouvoir la scène électronique et ses artistes que de te consacrer à la facette « Electric Rescue »

En fait je me pose pas ce genre de questions, je fais les choses avec le cœur et je calcule pas grand-chose. Après j’ai grandi, ça fait 28 ans que je fais ça et j’essaye d’être un petit peu stratégique pour le bien de tous ceux que je prend en main, mais je me pose pas de questions, je fais les choses parce que j’ai envie de les faire. C’est sur qu’il y a du temps de que je ne passe pas dessus donc c’est au détriment de ce que je fais moi. J’ai quand même 8 projets en tout, entre les duos, les trios, les projets solos, les projets où on ne sait pas que c’est moi, c’est déjà énorme, je dors pas beaucoup. Au final je fais tout à fond et je ne me pose pas cette question. C’est une passion dévorante et ma vie n’est que plaisir. Enfin, il y a des emmerdes, de plus en plus parce qu’il y a plus de paramètres à gérer qu’au début des raves par exemple. Mais c’est un plaisir, il y a des gens qui vont à l’usine tous les jours, je suis quand même un privilégié, j’ai la vie du gagnant du loto, sans le compte en banque. Puis j’aime bien partager, on naît seul, on vit seul et on meurt seul, donc si c’est pour être dans ta passion et ne pas partager ça avec d’autres personnes… Je préfère perdre un peu au passage en visibilité par rapport à certains artistes mais partager ça avec des gens que j’aime, différents, faire des expériences.

Tu es un fervent défenseur de la scène musicale électronique depuis plus de 20 ans, scène qui a beaucoup évoluée et est de moins en moins stigmatisée, comment est-ce que tu vois cette explosion des clubs et de la culture Techno partout en France ?

Pour moi c’est une victoire parce que dès le début j’ai milité, j’y ai cru à cette musique, j’ai vraiment cru qu’elle allait changer le monde. Alors elle n’a pas changé le monde, mais elle l’a fait évoluer. La techno c’est aussi une manière de vivre. Avec ma femme avec qui j’ai travaillé sur tous ces projets, c’est d’ailleurs la grande chef, on a fondé une famille, mon fils est venu avec moi à la Techno Parade sur le char du Rex et donc on vit Techno h24. Donc c’est une victoire de voir toute cette évolution et de voir que ça prend plus d’ampleur. Puis différentes scènes se greffent, moi je suis vraiment focalisé sur la scène plus underground mais la Techno est aussi devenue plus mainstream. Ces deux- trois dernières années il y a vraiment deux scènes qui se scindent, il y a cette scène Techno maintstream avec des artistes comme les filles, qui sont mises très en avant en ce moment parce que ça attire les gens. Elles sont certainement très sincères mais je n’aime pas trop ce côté là parce qu’il y a un côté très mercantile. Moi je suis plus de la scène underground où on met la musique au centre des débats. Tout ce qui est image enveloppe la chose, c’est le paquet cadeau du cadeau. Alors que dans cette scène mainstream pour moi c’est plus de la mode, voire parfois du voyeurisme, il y a un petit côté malsain qui me dérange.
En ce moment je réfléchi beaucoup à réaliser un documentaire pour remettre la musique au centre des débats.

“J’ai envie de m’associer avec des gens, et de faire un documentaire
pour ouvrir les yeux aux gens sur le fait qu’on fait de la musique,
et que tout ce que les gens mettent avant en ce moment est très futile.
Les émotions viennent de la musique, pas de toutes ces images racoleuses
.”

Et ça me travaille en ce moment, quitte à faire de l’image, la faire militante. De toute façon, toute ma vie j’ai toujours été dans le contre-pieds, à toujours ouvrir les yeux aux autres, à mon petit niveau parce que je ne suis personne. Il faut toujours peser le contrepoids de tout ce qu’on fait, c’est une victoire tout ce qui se passe mais n’oublions jamais d’où l’on vient.

A l’inverse on constate aussi un désir de retour aux origines de la Techno avec plus en plus de Warehouse et de raves illégales organisées, notamment à Paris, comment est-ce que tu expliques cela ?

Il se passe ce qu’il s’est passé dans les années 90 transposé à notre époque. C’est-à-dire que ça a commencé à plaire à pas mal de gens, donc du coup ça a grossi, il a commencé à y avoir de vrais festivals, puis il y a des gens qui se sont rendus compte qu’ils pouvaient faire de l’argent avec ça. Donc ils ont construit des choses mercantiles où il n’y avait pas le fond, il y avait juste les formes et les gens le sentent, il y a besoin de ce contre-pieds, toujours. Donc il se passe exactement la même chose que dans les années 90 et il faut tirer parti de ce qu’on a vécu à cette époque là et de ce qu’on vit là, et essayer de construire un avenir meilleur et j’espère, se concentrer sur les choses avec plus de fond.

“Il faut être plus malin. […]
La révolte c’est bien mais il faut se révolter de manière intelligente
et ne pas aller au conflit directement.”


Malgré toutes les évolutions de la scène musicale, nous sommes toujours confrontés à une répression passive par le biais de restrictions, de décrets contraignants… Quel rôle penses-tu que les artistes et le public doivent jouer pour continuer de faire progresser notre culture ?

Il faut être plus malin. Moi je me suis battu contre les free party parce que je trouvais ça absurde de se mettre en opposition. En fait il faut être plus malin que ça, il faut intégrer. Je suis contre toutes ces choses, dans ma tête je suis révolté contre l’homme et le monde d’une manière générale mais il faut être plus intelligent que ça. Il faut rentrer dans la matrice pour pouvoir s’en servir. La révolte c’est bien mais il faut se révolter de manière intelligente et ne pas aller au conflit directement. Donc il faut organiser des événements, il faut demander des autorisations, louer des lieux… Ça coûte un peu d’argent mais on fait payer les gens, on montre qu’on est responsables. On a le droit d’exister, cette musique exprime des choses, elle fait bouger les foules donc elle à le droit d’exister. Et il faut s’imposer mais de manière intelligente, ne pas partir à l’affrontement, l’affrontement c’est déjà une défaite. J’ai toujours fait comme ça et en 23 ans d’organisation de rave je n’ai jamais eu une rave annulée, jamais. Parce que je veux un lieu, je veux proposer des choses, je vais rencontrer les gens, je leur explique, je les accompagne, je les prends pas pour des cons et je leur dit ce que c’est, je leur mens pas. Et je demande les autorisations, je prends les assurances pour qu’ils ne soient pas en porte à faux. Tout est dans le respect, c’est la base de tout, l’écoute des autres et être attentif, ne pas raisonner manière égoïste. A partir de ce moment là, tu peux faire beaucoup de chose. Quant tu veux aller à un endroit, les gens qui y vivent ont une manière de vivre et des attentes, tu essayes d’y répondre au mieux et si ce n’est pas possible tu vas ailleurs. Tu ne forces pas, tu squattes pas un champ, tu détruis pas la culture d’un agriculteur. On ne peut pas imposer notre culture, il faut la proposer aux gens qui sont à même de l’accepter, sans forcer la main. Il faut être patient et y aller de manière censée.


Il existe toujours un antagonisme entre la « culture club » et la « culture rave », la culture « underground » et « mainstream », mais des festivals comme Dream Nation parviennent à fédérer un public éclectique issu de tous horizons musicaux. Penses-tu que ce genre de plateau ultra diversifié puisse être une solution pour unir à nouveau le public et les artistes autour de la musique ?

On est quand même dans une rave géante, l’esprit de base de toutes les scènes c’est la rave. L’organisatrice Déborah est issue du milieu rave, c’est une enfant de la rave tout comme moi ou comme Manu et sa volonté est rave. Donc elle fait les choses bien parce qu’elle est très bien organisée et elle est vraiment très passionnée. Mais la base de truc c’est quand même la rave donc c’est normal de les retrouver tous ensemble. Je trouve ça bien ce genre de chose, et au final on vient du même endroit.


D’ailleurs tu as encore une fois participé à l’élaboration du plateau Techno du festival, comment est ce que tu as sélectionné les artistes ?

“Je n’ai jamais voulu être à la mode,
moi je veux faire ça jusqu’à la mort…”

Ouais, il ça fait trois ans maintenant. Le premier c’était plus comme ça, je lui soumettais des noms. Puis l’année d’après elle m’a dit « Mais en fait, fais le ». Donc elle me donne un budget, moi je lui ai proposé mon plateau, et là le plateau qui est là c’était mon premier choix. Alors elle voulait des gens un peu plus mainstream, elle voulait Nina Kravitz, des trucs un peu plus faciles. Je lui ai dit « Tu veux construire un truc ? Il faut qu’on le construise avec des fondations, de manière solide ». Alors Nina Kravitz il n’y a aucun problème car il y a le fond, mais elle voulait des choses plus faciles. Et je lui ai dit « si tu veux qu’on dure, il va falloir qu’on construise quelque chose avec une âme ». Déjà ce n’est pas simple de faire venir les intégristes de la Techno plus les gens qui sont un peu plus ouverts. Donc si on fait des plateaux à moitié, je ne reste pas car je ne fait pas de concessions pour la qualité. Mieux vaut gagner un petit peu très longtemps que beaucoup rapidement, et ne pas durer. Donc elle a essayé de m’imposer des choses mais finalement on est revenus au plateau d’origine et je suis content. Et c’est toujours ça que j’ai voulu appliquer, je n’ai jamais voulu être à la mode, moi je veux faire ça jusqu’à la mort, il ne faut pas brûler les étapes.


Est-ce que ton passage aux 20 ans de la Techno Parade avec le char du Rex à une signification particulière pour toi ?

Je ne serais jamais allé à la parade sans ça. Là c’était les 20 ans de la Techno Parade, les 30 ans du Rex, plus Trax, plus la Sacem donc ce n’était pas quelque chose de mercantile. La Sacem, c’est privé mais c’est pour la défense des droits d’auteur donc pour moi il y a du sens. Je suis sociétaire de la sacem aussi, c’était que des causes faites pour la Techno. Je me suis dit « Ok, il y a Haribo, il y a Cofidis, mais va à la rencontre de ces gens là ». Donc oui ça avait du sens et j’étais content aussi d’y emmener mon fils pour lui faire ressentir des choses. En fait tous les curseurs étaient au vert, c’était la bonne occasion.


On te retrouve tout à l’heure avec Manu le Malin pour un set de votre duo W.LV.S, vous avez des projets communs en vue ?

On doit se remettre en studio en Octobre pour faire le prochain disque. Après Manu il est comme moi, il vie la vie, il fait les choses quand il a envie et on ne lui impose rien. Et moi c’est pareil, en fait il a tout ce que je n’ai pas et j’ai tout ce qu’il n’a pas. On se connait depuis 25 ans et depuis 2013 où ce projet est arrivé, il n’y a jamais un projet où on s’est dit « bof », tout était cool puis on s’entend super bien.
Il faut savoir être heureux de ce qu’on a. Il faut construire le positif et tirer parti de ce qu’on a pour se rendre la vie meilleure.

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