Emmanuel Top

Emmanuel Top, un des piliers de la scène techno répond à nos questions.

Avec des titres phares de la scène techno française et à la tête du label Fokalm, Emmanuel Top est l’un des piliers de la musique électronique. Producteur hors pair et doté d’une solide expérience, celui-ci a répondu à nos questions avant de fermer la scène techno du Dream Nation Festival.

 

1. Tu es dans le milieu de la musique depuis les années 90. Comment la France a-t-elle réagis à l’émergence de la musique électronique ?

C’est à partir de 96-97, lorsque les politiques se sont intéressés à la chose et notamment Jack Lang que cela s’est plus ouvert. C’est d’ailleurs lui qui est à l’origine de la techno parade ayant eu lieu aujourd’hui. Mais même si la musique électronique est devenu beaucoup plus respectée, il y a toujours un certain combat.

 

2. Et que penses-tu du développement de la techno qui était autrefois encrée dans la culture rave et est aujourd’hui devenue presque mainstream ?

A l’époque on était considérés comme des sauvages et en plein dans la jeunesse rebelle et c’est ce qu’on appréciait. Je pense qu’aujourd’hui c’est toujours le cas mais cela s’est démocratisé. On peut désormais trouver des gens de tous les milieux sociaux et de toutes les cultures qui écoutent de la techno et je trouve ça bien ! Plus on est à soutenir le mouvement, mieux c’est.

 

3. Tu as toujours privilégié la production au mix, pourquoi ? 

Je trouve que c’est difficile de faire les deux de manière correcte. Si tu es à fond dans le DJing et tu accumules les tournées, c’est compliqué de dédier le peu de temps qu’il te reste à la production. Et inversement. A titre personnel je manage ça avec beaucoup plus de recul du fait de mon expérience et de mon âge. Je ne fais plus la course aux bookings, ça ne m’intéresse pas. Je choisis mes évènements, je fais des endroits qui me plaisent, je ne veux pas tourner pour tourner et faire cinq sets par semaine. Et surtout, je veux garder une part de mon temps pour la production car comme tu l’as dit, c’est mon moteur principal.

Avec un mix, tu créés des ambiances, des énergies… Et tu prends beaucoup de force du public mais souvent tu prends plus que ce que tu arrives à lui donner. Une composition c’est très personnel puisque tu es seul en studio, tu ne sais pas quelle va être la réaction des gens. Et les producteurs qui comme moi favorisent la production sont un peu dans l’ombre et il n’y a pas de contact avec le public. C’est ça qui m’a incité à faire des dates car c’est très important et cela me permet d’avoir des réactions de masse à mes productions.

Mais pendant longtemps je voulais rester dans l’anonymat et laisser les personnes qui font de la représentation et qui le font bien s’en occuper. J’ai pensé que je n’avais rien à apporter sur ce milieu-là mais le public a besoin de mettre une image sur les morceaux. Même si tu fais du Daft Punk et qu’on ne voit pas les visages, il y a tout de même ces robots qui sont là.

 

 

4. Ta carrière as connu un frein durant quelques années avant de repartir de plus belle. Quelles ont été tes motivations afin de revenir sur le devant de la scène ?

Il y a eu un vrai problème pour la musique des années 98-2000 car elle prenait un virage inconnu. On ne savait pas où elle partait et de quelle manière nous allions la commercialiser. Il y avait l’arrivée d’internet, et surtout les fournisseurs tels que eMule ou LimeWire. On consomme en masse et la musique ne vaut plus rien. Le plaisir de la pochette disparaît mais il revient doucement ça me fait plaisir. C’est d’ailleurs ce que j’essaye de développer à travers mon label Fokalm.

Il y a un retour sur le vinyle car il y a des gens qui ne sont pas dans cette génération là et qui n’ont connu que du numérique et du stockage en masse. Et il y a des amoureux du vinyle avec un disque, une pochette, la joie de l’acquérir et c’est hyper important ! Il y a côté obsessionnel pour un collectionneur.

Pour répondre à la question, je n’ai jamais arrêté de produire mais ce n’était pas ma philosophie de commercialiser la musique de cette manière. A l’époque c’était tout à fait sauvage, on n’avait aucune traçabilité sur nos musiques etc et ça ne me plaisait pas.

 

5. Ton morceau « Acid Phase » semble indémodable et est aujourd’hui encore joué sur les plus grosses scènes mondiales. Est-ce ta plus grande fierté ?

Je suis fier de tous mes titres mais celui-là c’est quelque chose haha. Mais c’est pour tout le monde pareil je pense. On a tous un titre phare mais j’aimerais bien que l’on s’intéresse à d’autres titres que j’ai pu faire. Ce soir au Dream Nation festival je vais devoir en faire mon closing et il y a une vraie attente. Mais d’un côté je comprends tout à fait, les gens viennent me voir et s’ils n’entendent pas ce pourquoi ils sont venus ça leur déplaît.

 

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